• le chevron

     

     

    Une dernière chose. C'est au non qu'on pensait en vérité, lui qui

    avait toutes les chances de monter à la surface de la réalité, vu que

    la réalité nous était hostile a priori, que son courroux, sans qu'on

    l'eût mérité, pesait depuis notre venue et, même, dès avant cela,

    depuis le permo-carbonifère, sur nos prétentions et nos agissements,

    sur le rêve dont nous sommes, un instant visités. L'éventualité favorable 

    qu'on caressait, qu'on habillait de rudesse et de froidure, de verdure, de

    rocher avant de la jeter dans le creuset des combes, aux parois du chevron,

    on savait combien elle était chimérique. La partie était par trop inégale entre

    les ressources disponibles, l'idée qu'on se fait, le rêve qui est tout ce que l'on

    ait, et puis les profondeurs mouillées, l'escarpement rebelle où on va le risquer.

    Mais on aurait perdu jusqu'au courage de rêver si l'on avait tenu un compte

    rigoureux des chances contraires, du déni ouvert que le monde opposait au 

    droit imprescriptible que nous avons de rêver. Alors, on rêvait que oui.

    On avait besoin de se dire que la tremblante vision qui est, où qu'on se tienne

    et quoiqu'il y ait alentour, notre fait et que rien ne saurait nous ravir, on se 

    disait qu'elle n'était pas vouée à se défaire au premier contact de ce qui n'est

    point elle, qu'un fil ténu, arachnéen, les reliait.

     

    P.Bergounioux

     

     

    le chevron

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    « littoral intérieur. »

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